Illustration originale de Quentin Gréban

Et si les trajets en voiture étaient de « grands » moments pour discuter des médias avec nos enfants ? 

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J’ai toujours écouté la radio. J’ai d’ailleurs eu toutes mes périodes, France Info chez mes grands-parents quand j’avais 10 ans, Skyrock et Difool à 15 ans, dans la plus grande clandestinité, cachée sous les couvertures, les radios libres et étudiantes à l’Université. Devenue Maman, j’écoute désormais « la radio qui parle », sans musique, celle que je détestais plus jeune. Mon rituel sur le chemin pour emmener les enfants à l’école.

Et naturellement, les infos et les analyses politiques ont fini par faire partie du voyage. 

Il n’y a pas un matin sans que les enfants m’assaillent de question. Parfois ils s’interrogent sur un mot, se moquent d’une formule, ironisent sur une interview et quand l’actualité est difficile à écouter, quand il s’agit de drames terribles, de souffrances injustes, le silence se fait pesant. Le mien aussi.

Mais, Maman, les frères Kouachi, ils peuvent aussi venir dans notre maison ?
Dante _ 5 ans

En Janvier 2015, l’arrestation des frères Kouachi après l’attentat de Charlie avait tenu la France en haleine, mobilisant les journalistes et les temps d’antenne. La France tout entière était sous le choc. Plus de 4 ans après, je me souviens de l’incompréhension de mes enfants et des commentaires radio qu’ils consommaient avides. Une fois, alors que la traque des frères Kouachi étaient sur le point d’aboutir, tendue par la violence du moment, j’ai même coupé le son. J’entends encore leurs protestations.

Ils voulaient savoir. Ils voulaient entendre. Plus encore, ils voulaient comprendre. Et cette radio est devenue alors un outil incroyable pour parler de l’actualité, en avalant les kilomètres qui nous emmenaient à l’école.

L’éducation aux médias au volant ou la voie des kilomètres.

Serge Tisseron disait de la télévision, qu’il faut parler devant et autour, en partageant les images avec nos enfants mais surtout en les discutant. Il va de soi que la radio n’échappe pas à cette règle (même si parler sur la radio fait qu’on a alors bien du mal à l’écouter.). N’empêche. Prendre le temps du commentaire, de l’explication, mettre de la nuance, entendre leurs points de vue… Il s’agit ici de commencer doucement et lentement une approche sensible de l’éducation aux médias, en écoutant l’info dans l’habitacle protégé de la voiture, en famille, et en profitant ce ce moment d’intimité, où le son est prioritaire, pour commencer à s’interroger sur l’information que nous consommons. 

Parfois, durant ces trajets, ils dormiront. 

Et ce sera l’occasion, cette fois ci, d’écouter paisiblement quelque chose qui vous fait envie et que vous ne serez pas obligé de commenter et d’expliquer. C’est bien, aussi. 

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