Pourquoi les enfants ont besoin de super-héros ?

Ou comment les super-héros et super-héroïnes sont des modèles dans la construction de leur identité

Les super-héros sont super forts et super cool. Mais ils ont également leurs super fêlures. Pas étonnant donc de vouloir leur ressembler, quelque soit l’âge de l’enfant – qu’il fasse son entrée en maternelle ou dans la vie active.

Qui n’a jamais rêvé d’être un super héros ou une super-héroïne ? Soulever des montagnes avec les pouvoirs télékinétiques de Jean Grey. Déménager sa chambre sans peine tel Bruce Banner. Contempler le lever de soleil au sommet de l’Empire State Building comme Peter Parker dès qu’il enfile son juste-au-corps arachnéen. Coller des mandales au patriarcat à la manière de Wonderwoman. Mais vous n’avez pas des capacités extraordinaires, une identité secrète, un arsenal de compétition et un uniforme reconnaissable entre mille.

Des pouvoirs, pour affronter le monde extérieur

Restent les rêves. Dès la maternelle, le super-héros, figure positive et valorisante, entretient l’imaginaire ainsi qu’une conscience morale chez l’enfant – dont le précepte : le bien, c’est quand même vachement mieux que le mal . Mais cela va un peu plus loin que d’enfiler le slip de Superman par-dessus son jogging. Stephan Deluermoz, psychiatre-psychanalyste et membre de l’association lacanienne internationale, explique cette fascination, notamment chez l’adolescent, suite à « une perte de références de l’enfance. Par la perte de cette carapace. L’adolescence est une période de construction où l’on est très fragile (…) Un adolescent est timide. Il est ambivalent car il ressent du désir et de la peur vis-à-vis du monde qu’il doit découvrir. Le super-héros représente la possibilité d’une force » .

Super identification

En somme, le super-héros et la super-héroïne viennent mettre de l’ordre dans le chaos de l’adolescence ainsi que dans un monde où, selon le médecin, on assiste « à un déclin de la fonction symbolique où l’on questionne toutes les vérités qu’elles soient politiques, scientifiques, juridiques etc. A l’imaginaire de prendre le relais ». Chez le tout jeune enfant, le phénomène est quasiment le même.

« L’enfant a lui aussi un sentiment de faiblesse car il sent qu’il n’a pas les moyens d’affronter le monde. Il est toujours dépendant d’un autre pour se nourrir, se sentir en sécurité. Le conte du Petit Poucet témoigne de cela » assure Stephan Deluermoz avant d’ajouter que, malgré tout, cette fascination n’a pas le même modus operandi. « Le tout jeune enfant se dit qu’il existe quelque part quelqu’un qui peut vraiment le protéger. Quelqu’un qui va descendre du ciel »

Le super-héros intervient dans la vie de l’enfant durant la période « de latence » édictée par Freud où le petit, en plein oedipe, comprend qu’il ne réussira pas à prendre la place du parent. Mais nourrit malgré tout le désir de se créer sa propre projection idéalisée. Le super-héros (ou la super-héroïne) s’avère donc être un support d’identification absolument géniale car lui aussi a vécu des choses douloureuses, des meurtrissures dans l’âme qui l’ont amené (forcé?) à devenir cet être supérieur épris de justice. A nous de trouver le meilleur costume.

Les ados, ces super-héros

Et si le super-héros n’était qu’une version augmentée de l’adolescent ? C’est la théorie évoquée par l’enseignante et bloggeuse Lauriane Albrecht au détour du site weepreg.org. Selon elle, ados et super-héros partagent « de nombreux points communs. Ils se sentent à part, en mutation. Plus considérés comme des enfants, mais pas encore des adultes » avant d’ajouter qu’« au fond d’eux, une force de vie bouillonne dont ils ne savent pas toujours quoi faire. Ni comment l’utiliser ». Parents, vous regarderez dorénavant Superman d’un autre œil : comme lui, votre ado maîtrise mal ses désirs, se sent incompris et, par moment, persécuté.

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