Petite fille qui fait l'école à la maison
Photo de François Dourlen ©

Merci Internet pour l’école à la maison, mais on n’en peut plus !

Ne pas se laisser envahir, c'est essentiel dans les mondes numériques.

En cette période exceptionnelle, nous voyons bien que les écrans ne sont pas QUE nocifs et dangereux pour nos enfants ! Continuité pédagogique (école à la maison), liens familiaux et amicaux, information, divertissement, télétravail… Ils nous permettent de mieux vivre le confinement en nous reliant les uns aux autres. Mais qu’il est bon de les éteindre aussi.

Merci à Stéphanie De Vanssay, Militante pédago optimiste et constructive pour cette illustration.
Merci à Stéphanie De Vanssay, Conseillère nationale pédagogie et numérique à l’école, pour cette illustration.

« L’école à la maison » est devenu le grand sujet de conversation des parents confinés à domicile avec leurs enfants. Aux premières inquiétudes sur la mise en route de la fameuse continuité pédagogique se substitue aujourd’hui une angoisse généralisée . Face à l’afflux de devoirs à faire et aux (mauvaises) notes qui tombent on entend : « Je n’en peux plus, c’est beaucoup trop ». « Comment faire quand on a trois enfants de niveaux différents ?». « Les profs sont devenus fous, on ne peut pas suivre !». Ces réflexions entendues ici ou là en disent long sur le stress que génère l’injonction à poursuivre les apprentissages, coûte que coûte. Aussi bien côté parents, que professeurs.

Tout passe par Internet et nul n’est censé ignorer ce qui s’y passe

Entre le rendez-vous de 10 heures avec la classe virtuelle d’enfant 1, les mails listant les devoirs d’enfant 2, L’espace numérique de travail d’enfant 3 rempli de leçons et exercices à imprimer, remplir, scanner, renvoyer ou (mieux, merci pour ceux qui n’ont pas d’imprimante) à effectuer directement en ligne… les écrans sont devenus l’interface essentielle de nos enfants avec leurs enseignants. Tout passe par Internet et nul n’est censé ignorer ce qui s’y passe.

Attention donc à la surchauffe qui guette nos enfants (et donc nous!) ou, au contraire, au décrochage qui menace les plus éloignés de cette formule tout numérique.

Et dire qu’il n’y a pas si longtemps, les écrans étaient tant décriés pour tout le mal qu’ils font au cerveau de nos enfants… On en viendrait presque aujourd’hui à regretter de ne pas en avoir assez ! Ce serait tellement plus simple si chacun avait un ordinateur, connecté avec imprimante si possible. Car les usages ont bien changé en moins de deux semaines. Fini le temps de l’insouciance où les enfants pouvaient à loisir surfer sur leurs sites favoris pour jouer et se divertir. Non, désormais, ils doivent surtout travailler. Et ça, ça change tout ! Car les parents sont désormais en première ligne pour accompagner ces nouveaux usages. Le minuteur pour contrôler le temps d’écran ne suffit plus… Et tant mieux quelque part.

Les parents n’ont plus d’autre choix que d’accompagner (et accessoirement mettre leur ordinateur à disposition)

Comme l’avait si bien résumé Mitchel Resnick*, éminent professeur du Massachusetts Institute of Technology (MIT), «les jeunes d’aujourd’hui ont une grande expérience et une grande facilité pour interagir avec les nouvelles technologies, mais beaucoup moins pour créer et s’exprimer avec. C’est un peu comme s’ils savaient lire, mais pas écrire avec les nouvelles technologies. » Et oui, ils sont très doués sur consoles, réseaux sociaux et plateformes de streaming… beaucoup moins semble-t-il avec Pronote, BlackBoard et toutes les ressources éparses mises en ligne par leurs professeurs via des canaux divers pour l’école à la maison.

Plongés brutalement dans le grand bain du numérique éducatif, leurs usages doivent évoluer rapidement. Se connecter, télécharger des documents, savoir où les classer, apprivoiser des plateformes inconnues, créer des mots de passe compliqués… Des compétences inégalement partagées par des parents qui n’ont plus d’autre choix que de s’y pencher avec eux. Parce qu’il faut bien souvent partager l’ordinateur familial et donc s’assurer que le travail avance, ou tout simplement car rien ne sera possible sans ce préalable.

Illustration de Andrea Manzati ©

Relâcher la pression et apprendre à déconnecter

Pour faire l’école à la maison « les parents ne doivent pas s’improviser enseignant » nous rassure Philippe Meirieu, spécialiste en sciences de l’éducation à la sagesse si réconfortante pour la mère que je suis. Comme il l’expliquait récemment dans les colonnes de Libération, « cette période est très stressante. Il faut faire attention à ne pas ajouter des conflits familiaux ». Avec de nombreux enseignants, il vient d’ailleurs de signer une pétition aux allures de manifeste rappelant l’importance de « former à l’autonomie, faire découvrir le plaisir d’apprendre, […] et non pas se contenter de mettre à disposition du travail, sans penser à la manière dont il est reçu et perçu.» Attention donc à la surchauffe qui guette nos enfants (et donc nous!) ou au contraire au décrochage qui menace les plus éloignés de cette formule tout numérique.

Merci aux professeurs pour tout le travail qu’ils fournissent, mais prenons le temps d’apprivoiser ensemble ce nouvel univers de travail. C’est un apprentissage fondamental en soi. Et puis, en ces temps de confinement, n’oubliez pas de prendre le temps de flâner en ligne pour découvrir les innombrables et riches ressources rendues disponibles. Et de déconnecter aussi parfois.

*Le groupe de recherche de Mitchel Resnick a notamment créé le logiciel de programmation Scratch, un merveilleux outil pour s’initier à la programmation et apprendre à créer des histoires animées et des jeux vidéo interactifs. Une manière ludique d’apprendre aux enfants « à écrire » avec le numérique ! https://scratch.mit.edu/

À propos de l\'auteur·e

Médiatrice et formatrice pour Fréquence écoles, Caroline Bonnard est une ancienne journaliste de télévision, « rédactrice-cadreuse-monteuse » convertie à l’éducation aux médias et au numérique. Passionnée par les bouleversements induits par la « révolution numérique » elle s’intéresse à tout ce qui transforme nos modes d’information, de communication et d’interaction. Maman, elle teste aussi dans sa famille une approche critique mais bienveillante de l’éducation aux médias convaincue qu’il est nécessaire de s'y intéresser de près.

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