l'école à la maison
© Claire Merchlinsky pour NBC News

Impressions d’un parent / médiateur numérique confiné : l’école à la maison

Confiné avec ses enfants : Partie 3

Depuis maintenant près d’un mois, l’école, le collège et le lycée sont fermés et les parents les plus « chanceux » sont confinés à la maison avec leurs enfants scolarisés. Comme eux, je suis confronté à ce qui s’apparente à une injonction contradictoire. Assurer la continuité de l’école et travailler à distance, tout en étant confinés. Histoire de rassurer tout le monde, et en dépit de conditions très favorables pour moi (équipement et connexion Internet au top, maîtrise de la plupart des outils, professions particulièrement compatibles avec le travail à distance), je suis d’ores et déjà en mesure de vous confier ma conclusion après ces semaines de confinement familial. 1 journée d’enseignement + 1 journée de télétravail > 1 journée.

Car je ne peux pas assurer seul l’encadrement d’une journée complète d’enfants scolarisés ET avoir une journée de télétravail « normale ». C’est tout simplement impossible. Si vous angoissez parce que vous n’y parvenez pas, pas d’inquiétudes, c’est tout à fait normal.

Réinventer le domicile

Très clairement, mes enfants pensaient au soir du vendredi 13 mars, lorsque la fermeture des écoles et collèges fut annoncée, qu’ils allaient avoir une période de vacances impromptue. Pour être honnête, j’ai pris un malin plaisir à les détromper et à leur faire sentir qu’ils n’allaient pas chômer avec papa comme instit’ / prof.

Mardi 17 mars
09h : début de l’école à la maison confinés.
Le grand est dans la chambre des enfants, le petit avec moi dans le salon. Je leur explique les modalités de l’école à la maison et les incite à viser l’autonomie.
09h15 : je renonce à l’autonomisation de l’écolier et m’installe à ses côtés.
10h30 : première récré pour la classe de primaire, qui s’empresse d’aller arsouiller le collégien.

L'entrée de l'école c'est maintenant l'entrée de la maison

C’est alors que j’ai décidé de repenser la géographie de notre intérieur :
– l’entrée est le chemin de l’école / du collège (avec un stepper à dispo pour bouger) et la cours de récréation
– le salon est l’école
– la chambre des enfants est le collège
– la cuisine est la salle de Travaux Pratiques
– la chambre des adultes est le bureau de la Directrice / du Principal : l’endroit où aucun enfant n’a envie de se retrouver de son plein gré.

En jouant auprès de mes enfants le rôle d’un professeur, je constate à quel point leurs vies scolaires quotidiennes sont rythmées par des temps qui leurs sont nécessaires pour avoir des repères. Je m’attache donc désormais à me rapprocher le plus possible de leur rythme habituel : des tranches de travail de 1h30 entrecoupées de pause d’environ 20 min pour l’écolier, et des tranches de 2h avec des pauses de 15min pour le grand.

Avantage concurrentiel

Contrairement à de nombreux parents qui ont partagé leurs témoignages, je n’ai eu aucun souci concernant les supports de travail. L’écolier est revenu avec une liste de devoirs pour une semaine et les consignes suivantes arrivent régulièrement par mail. Le collège du grand m’a adressé par SMS le lien permettant d’accéder à la plateforme, accessible sans aucun problème depuis le début du confinement. Sur la plateforme laclasse.com, chaque élève dispose d’un dossier dans lequel apparaissent les sous-dossiers des différentes matières, eux-mêmes organisés entre consignes et devoirs rendus. Rien de révolutionnaire, mais de l’opérationnel avec une approche compréhensible, pour moi comme pour lui.

Laclasse.com un des outils pour faire l'école à la maison pendant le confinement
laclasse.com : une interface basique mais simple à prendre en main

Le premier obstacle rencontré est un grand classique du numérique infantile : mon collégien avait oublié son mot de passe. J’ai d’abord utilisé mes propres identifiants pour accéder aux devoirs et ai repoussé au lendemain la démarche « mot de passe oublié ». Une fois de plus, nous nous sommes alors demandés comment choisir un mot de passe fort ET facile à retenir : un acronyme, remplacer certaines lettres par certains chiffres, etc.

Mais quoi qu’il en soit, en dépit de l’énergie et du sérieux que je tente de déployer pour leur assurer des temps scolaires de qualité, l’école à la maison, tout en étant confinés, ce n’est pas vraiment l’école.

Pendant que l’écolier fait des maths, et découvre que même dans cette matière, il est important de savoir faire des phrases complètes et sans fautes (vous auriez vu sa tronche quand il a compris que j’étais sérieux…), le grand tente son premier travail en ligne. Les collégiens ont eu droit le dernier jour à un rapide tuto sur la marche à suivre, mais manifestement, tous n’ont pas écouté / compris : le document mis à dispo par le professeur, que les élèves doivent importer pour ensuite le compléter et l’exporter dans le dossier « devoirs rendus », est parcellé de réponses incomplètes, d’éléments hétérogènes et de résidus de copier / coller maladroits (certains élèves ont rempli directement le document modèle), et il est assez compliqué de faire le tri.

Education AU et PAR le numérique

Et puis, bien sûr, vu mon métier et les ressources auxquelles Fréquence Ecoles nous permet d’accéder, j’ai rajouté des petits modules d’éducation aux médias et au numérique au programme quotidien. Cela m’a confirmé (je n’en avais pas réellement besoin), que les compétences numériques ne sont ni innées ni transmissibles par simple contact : leurs réponses et commentaires sont exactement identiques à ce que j’entends des enfants de leurs âges que je croise en intervention dans les écoles et collèges.

l'école à la maison confinés, c'est aussi sur la télé
Intervention Rezo à domicile. Les joies du confinement.

Pour le petit comme pour le grand, j’ai enfin été confronté au vertige provoqué par le choc éducation AU numérique Vs éducation PAR le numérique : tous deux avaient à produire en format numérique un petit dossier / exposé sur des thèmes variés.

C’est donc en amenant mes enfants à utiliser un ordinateur connecté à Internet pour faire des recherches, sélectionner et réécrire des informations trouvées en ligne que les enseignants souhaitaient leur permettre d’apprendre de nouvelles choses.
Ça, c’est l’éducation PAR le numérique

Mais pour y parvenir dans de bonnes conditions, il faut maîtriser au moins sommairement :
– le bon usage d’un moteur de recherche (entrer des réponses, pas des questions !)
– la raison pour laquelle il n’est ni pertinent ni utile de copier / coller les contenus trouvés en ligne
– la sauvegarde régulière du document en cours de production (mon aîné a perdu deux fois son travail avant de comprendre l’intérêt de la démarche…)
– les diverses façons de nommer un document pour le retrouver et / ou faciliter le travail des professeurs
– l’insertion d’images trouvées en ligne dans un document enregistré en local
– l’importance de mentionner les sources, d’attribuer les images, etc.
Ça, c’est l’éducation AU numérique.

L’école à la maison, c’est compliqué

Pour moi, dans cette situation de confinement, tous les voyants sont verts : habitude du télétravail, connexion internet très performante et stable, maîtrise des outils indispensables, expérience de l’accompagnement des jeunes publics, etc. Il n’en reste pas moins que faire l’école à la maison pour deux enfants confinés pendant une journée mobilise un adulte pendant une journée.

Je n’en redécouvre pas moins un autre aspect de l’école, que j’avais oublié en devenant adulte : l’école comme temps propres aux enfants, un domaine qui leur est personnel et dans lequel ils testent et apprennent des aspects de la vie en société qui ne peuvent être qu’évoqués en famille, et non vécus.

J’ai donc pris le parti de faire l’école à la maison le matin, à un rythme sans doute plus soutenu que ce à quoi ils sont habitués, et de consacrer l’après-midi à mon propre travail, dont le volume baisse au final assez peu, bon nombre de mes missions étant réalisables en télétravail. Mais quoi qu’il en soit, en dépit de l’énergie et du sérieux que je tente de déployer pour leur assurer des temps scolaires de qualité, tout en étant confinés, l’école à la maison, ce n’est pas vraiment l’école.

Ce qui manque :
– l’émulation par rapport aux autres élèves
– la distance (émotionnelle, affective) entre enseignant·e et apprenant·e
– une structuration fixe des horaires et activités, difficile à respecter à la maison
– la variété et l’alternance des interlocuteurs, enfants et adultes

Ce qui gène
– les ambitions que nourrissent les parents pour leurs rejetons
– la proximité d’activités alternatives et de stimuli divers
– les évolutions entre l’éducation actuelle et celle dont nous, parents, avons bénéficié

Ceci étant dit, je vais tout de même m’acharner à faire de mon mieux, sachant que de nombreux obstacles m’empêchent de viser la perfection, qui, en tout état de cause, n’est ni de ce monde, ni de celui de l’éducation nationale. J’ai donc décidé de suivre le mieux possible les consignes des enseignant·es, sans m’interdire de proposer des temps pédagogiques et éducatifs différents : cuisine, bricolage, jeux, etc. Je m’appuie également sur les jeux vidéo, pour les temps de travail ET de loisirs, et les pousse à la lecture sur toutes les autres périodes de la journée.

La période que que nous traversons ne me fait pas découvrir l’importance de l’école : en tant que fils et petit-fils de professeurs et d’instituteurs·trices, mon respect pour les hussards de l’éducation nationale est de l’ordre du réflexe. Mais je n’en redécouvre pas moins un autre aspect de l’école, que j’avais oublié en devenant adulte : l’école comme temps propres aux enfants, un domaine qui leur est personnel et dans lequel ils testent et apprennent des aspects de la vie en société qui ne peuvent être qu’évoqués en famille, et non vécus.
Et je pense qu’ils sont aujourd’hui aussi impatients que moi de pouvoir à nouveau en bénéficier.

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