© Andy Rementer

Twitch, l’autre manière de vivre le jeu-vidéo

Comprendre pourquoi la plateforme de diffusion de jeu vidéo est si populaire chez les ados

Ils regardent beaucoup l’ordi, je le vois bien, alors je leur ai demandé ce que c’était, et ils m’ont expliqué… mais ce n’est pas quelque chose que je partage avec eux.” Nawal est mère de trois adolescent·es, et les trois regardent des streameur·euses jouer en live à des jeux vidéo sur Twitch. Mais à quoi sert Twitch, et pourquoi la plateforme passionne autant les ados ?

Twitch, du direct 24 heures sur 24

Twitch, c’est une plateforme qui permet de retransmettre des vidéos en direct sur internet à n’importe quel moment. Avec un simple logiciel de diffusion, n’importe qui peut présenter et commenter ses parties de jeux vidéo, et peut aussi choisir ou non de se filmer avec une webcam. Acquis en 2014 par la plateforme Amazon, Twitch permet aux spectateurs·trices (les viewers·euses) de soutenir financièrement les joueurs·euses (les streameurs·euses), par le biais d’un abonnement ou de dons isolés. De fait, certain·es en ont carrément fait leur métier et passent de nombreuses heures à jouer en discutant avec leurs followers·euses. Et ça marche : en 2018, la plateforme a totalisé 9,38 milliards d’heures vues. Chirine, l’une des filles de Nawal, a seize ans et se passionne pour les lives Twitch de jeux vidéo à histoires.

Le plus souvent je regarde des jeux comme Undertale, The last of us, What remains of
Edith Finch… Mais c’est souvent en fonction des streameurs.


Colas Bim, Wankil Studio, Squeezie ou Maghla, les streameurs·euses passionnent les ados et les encouragent à découvrir de nouveaux jeux vers lesquels ils ou elles ne se seraient pas forcément tournés. Nassim a quatorze ans et c’est surtout l’interaction avec les streameurs·euses qui lui plait.

J’aime pouvoir jouer avec les streameurs et parler avec eux. En fait je n’ai pas beaucoup de
fans de jeux vidéo dans mon entourage et mes potes qui s’y intéressent n’ont pas les mêmes
consoles que moi.

Camille d’Osmosis propose des lives sur des jeux récents, mais aussi du retrogaming

Une dimension sociale très forte

Si c’est la passion des jeux vidéo qui encourage les adolescent·es à découvrir Twitch, c’est surtout la dimension sociale qui leur donne envie de rester. Joy Sticks est streameuse : elle dessine en direct mais diffuse aussi ses séances de cuisine et bien sûr ses parties de jeux vidéo, sur Minecraft ou les Sims 4 par exemple.

Je parle beaucoup de mes expériences personnelles en stream, surtout quand je fais des jeux qui sont très longs et qu’il faut continuer à animer. Et du coup quand t’as des jeunes qui débarquent et te parlent de leurs problèmes, tu peux essayer de les réconforter, de leur proposer des méthodes contre le harcèlement… C’est le genre de discours que j’aurais bien aimé avoir à leur âge. Ça m’a apporté la certitude que ce que je faisais, c’était bien.

Sur Mario Kart 8, Animal Crossing ou encore Fortnite, les viewers·euses peuvent jouer avec les streameurs·euses, mais via le tchat du site ils peuvent également discuter avec eux. Ainsi, beaucoup de streameurs·euses proposent des lives où ils ou elles se contentent de parler, sans même diffuser de jeu. Ce type de lives a même sa catégorie dédiée intitulée Just chatting. En 2018, c’est elle qui a totalisé le plus d’heures de lives, à savoir plus de 302 millions, juste derrière le jeu League of legends. Joy Sticks et Camille, également streameuse, ont toutes deux constaté que les lives Just chatting attiraient plus de jeunes viewers·euses.

Joy Sticks félicite un viewer qui lui annonce avoir réussi son année à la fac

Pas seulement du jeu vidéo : une idée de l’avenir

Nassim aime les lives de jeux vidéo et de discussion, mais pas seulement : il se passionne aussi pour les lives de code, qui lui permettent de mieux comprendre la conception d’un jeu vidéo, et qui sait, pouvoir un jour créer le sien. Et lui, est-ce qu’il souhaiterait se mettre à streamer ?

Oui trop ! À plein temps ce serait cool mais je ne pense pas, parce que c’est compliqué de devenir connu et de générer un revenu suffisant pour vivre.

Chirine, quant à elle, préfère être derrière l’écran que devant la caméra. Sur les canaux des discussion des différent·es streameurs·euses, beaucoup de jeunes viewers·euses font part de leur envie de streamer à leur tour. Mais quand on leur demande pourquoi, ils et elles évoquent surtout leur désir de communiquer avec les autres, et aussi de montrer leurs compétences (leurs « skills »). Ni Chirine ni Nassim ne voient Twitch comme une carrière potentielle, mais plutôt comme un moyen de sortir de leur cercle pour discuter avec des personnes de tous horizons.

À propos de l\'auteur·e

Journaliste depuis quatre ans, Lise Famelart est passée chez Clubic, Le Progrès, Euronews ou encore madmoiZelle en tant que cheffe de rubrique high-tech et jeux vidéo. Elle écrit désormais à propos la bande dessinée sur 9emeArt.fr. Le numérique reste une de ses thématiques de prédilection et à côté de son travail de journaliste, elle aime échanger à propos du jeu vidéo sur Twitch.

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