© Matt Chinworth

Comprendre l’affaire WhatsApp pour guider ses ados en quête de vie privée

Ou pourquoi relativiser le scandale du service de messagerie avec ses ados

WhatsApp partagera désormais vos données avec Facebook ! La mise à jour annoncée début janvier a suscité une (immense) vague de protestation chez des milliers d’utilisateurs qui ont choisi de quitter la plateforme. L’occasion d’expliquer deux trois choses à nos ados, généralement soucieux de leur vie privée.

Le 4 janvier dernier, la célèbre application cryptée annonçait sans ménagement à ses utilisateurs s’octroyer le droit de partager leurs données personnelles avec Facebook à compter du 8 février. Passé cette date “il vous faudra accepter les nouvelles conditions pour continuer à utiliser le service” était-il précisé.  Tu m’aimes ou tu me quittes, en somme. Si la date a finalement été repoussée de trois mois, cette communication passablement ratée semble avoir agi comme un électrochoc. Alors que Facebook est considéré comme un des pires services en matière de confidentialité et de protection de la vie privée, il n’en fallait pas plus pour pousser les mécontents vers Signal ou Telegram, massivement téléchargés et même plébiscités (voir les appels d’Elon Musk ou Edward Snowden). Même des petits français comme Skred ou Olvid ont réussi à tirer leur épingle du jeu, en proposant des services de messagerie qui ne laissent aucune trace.

Signal et Telegram ont vu leur nombre d’utilisateurs exploser.

De quoi parle-t-on ?

Au cœur du scandale donc, le partage des informations accordées à WhatsApp avec sa maison mère. Car oui, WhatsApp appartient à Facebook (tout comme Messenger et Instagram). En 2014, la firme de Mark Zuckerberg a déboursé 19 milliards de dollars pour acquérir cette application qui revendique deux milliards d’utilisatrices et utilisateurs à travers le monde. Deux milliards ! Wow !

Mais deux milliards de personnes qui ne payent absolument rien car le service est gratuit. Forcément ça ne rapporte pas grand chose ! A moins de trouver un moyen de rentabiliser les informations collectées. Et c’est bien là ce qui doit être expliqué aux ados, plus disposés à penser qu’ils n’ont rien à cacher et que Signal est plutôt destiné aux agents secrets.

Car le cryptage des communications reste parfaitement opérationnel sur WhatsApp. Ce qui change, c’est la possibilité offerte aux entreprises de développer leur business. Comme l’explique WhatsApp tous azimuts depuis quelques jours :

Cette mise à jour comprend de nouvelles options pour les personnes souhaitant envoyer un message à une entreprise sur WhatsApp, et elle fournit également plus de transparence sur la manière dont nous recueillons et utilisons les données. Bien que tout le monde n’effectue pas ses achats auprès d’une entreprise sur WhatsApp tous les jours, nous pensons que de plus en plus d’utilisateurs vont choisir de le faire à l’avenir.

blog.whatsapp.com

Échange service performant contre données à exploiter

Nom, prénom, photo, date de naissance, adresse, numéro de téléphone, mail, adresse IP, appareil utilisé… Les informations auxquelles nous donnons accès en utilisant des applis peuvent être parfois très nombreuses. Couplées ensuite à l’analyse des activités en ligne, temps de connexion, clics, achats etc… elles permettent bien évidemment de se faire une idée précise du type d’internaute qui se cache derrière une connexion.

Faut-il accepter le deal ? Non clament de nombreux activistes, comme Edward Snowden, qui militent pour un internet plus libre et sécurisé. Mais oui, cochent chaque jour des millions d’utilisateurs qui jugent ces transactions avantageuses. Dans la balance : des services ultra performants taillés sur mesure pour chaque utilisateur VS des outils qui ne nous connaissent pas si bien (et qui devront trouver de l’argent ailleurs pour se développer.) Pas sûr que les ados choisissent d’emblée le chemin le plus compliqué. Mais pas sûr non plus qu’ils soient insensibles à la liberté de choisir dont ils disposent en réalité.

Expliquer les règles du jeu est impératif

Face à la levée de boucliers, WhatsApp reporte de 3 mois l’entrée en vigueur de son nouveau règlement. La mise à jour sera donc effective au 15 mai 2021 et non plus au 8 février. Le temps pour la plateforme qui clame son attachement à la protection de la vie privée, de trouver les mots justes pour rassurer ses utilisateurs.

Le temps également pour les parents que nous sommes d’ouvrir la discussion sur le fond du problème. Certains auront parfois choisi de supprimer l’icône verte sans trop savoir pourquoi. Lui auront préféré Discord, Signal ou Viber pour suivre leurs contacts sans se soucier réellement de ce qui sera fait de leurs données personnelles. Un bien pourtant précieux considéré comme le nouvel or noir du XXIème siècle. Pourquoi ? Parce qu’il permet de vendre mieux.  » WhatsApp est en passe de devenir un véritable comptoir de magasin, permettant de discuter autour des produits et d’organiser les ventes » explique la plateforme. Est-ce bien cela que vous attendez de votre service de messagerie ? La question mérite d’être posée.

À propos de l\'auteur·trice

Médiatrice et formatrice pour Fréquence écoles, Caroline Bonnard est une ancienne journaliste de télévision, « rédactrice-cadreuse-monteuse » convertie à l’éducation aux médias et au numérique. Passionnée par les bouleversements induits par la « révolution numérique » elle s’intéresse à tout ce qui transforme nos modes d’information, de communication et d’interaction. Maman, elle teste aussi dans sa famille une approche critique mais bienveillante de l’éducation aux médias convaincue qu’il est nécessaire de s'y intéresser de près.

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