Scène de gaming dans la série "The Big Bang Theory"
©The Big Bang Theory

Jeux vidéo : qui sont ces inconnus avec qui votre enfant parle dans son casque ?

Ou comment faire la part des choses sur ses interactions dans les jeux vidéo

Fortnite, Call of Duty, Among us, Overwatch, Minecraft, Valorant, Roblox, Rocket League, Apex… si on interroge les collégien·es à la sortie des cours sur leurs jeux vidéo préférés, ce sont les jeux en ligne (ou avec la possibilité de jouer en ligne) qui sont le plus souvent cités. Leur particularité est la possibilité de jouer à plusieurs, en temps réel, la plupart du temps avec des ami·es. Mais dans ces jeux vidéo, ils ou elles peuvent aussi jouer avec des inconnus. Et communiquer avec eux·elles à l’écrit, voire même directement en tchat vocal avec un casque et un micro !

Une angoisse fréquente chez les parents est celle de la « mauvaise rencontre ». Car contrairement au monde tangible, l’anonymat rendu possible par internet permet aux internautes de se cacher derrière des avatars et des pseudos plus difficiles à appréhender. Pour en savoir plus sur le sujet des interactions dans les jeux vidéo avec des inconnus, nous avons interrogé plusieurs adolescent·es, ainsi que des parents, pour savoir ce qu’ils et elles en pensent.

Plus on est de fous, plus on joue !

La question que vous vous posez sûrement à ce stade de lecture est la suivante : « pourquoi les jeunes ressentent-ils·elles le besoin de jouer avec des inconnu·es, au lieu de se contenter de jouer avec leurs ami·es » ? Adam, 14 ans, nous explique que, tout simplement, ses ami·es ne sont pas forcément intéressé·es par les mêmes jeux que lui. Ou trop peu nombreux pour constituer une équipe. Ou encore, qu’ils·elles n’ont pas un niveau suffisant pour que ce soit stimulant pour lui.

Sur certains jeux, je joue avec des gens plus âgés que moi, genre 5 ans de plus je dirais. Mais je ne vais pas jouer avec des darons non plus, on n’est pas dans le même délire ! Je ne joue pas avec des trop jeunes, parce qu’ils sont chiants, enfin ils sont nuls quoi. Ils sont facile à reconnaitre : ils ont la voix aigüe. 

Adam, collégien à Lyon

Comment les joueur·euses trouvent ils leurs partenaires de jeu ?

Evidemment, le but premier est quand même de jouer avec des copains/copines. Ils·elles vont se donner RDV sur un groupe de jeu, à un horaire précis. Si il manque des joueur·euses, ou si on est seul·e, on peut trouver d’autres personnes sur des serveurs déjà créés (c’est le cas pour le jeu Minecraft), ou sur des forums. Sur Fortnite, le jeu va proposer de rejoindre une équipe constituée aléatoirement.

Quand tout le monde est connecté, la partie peut commencer ! Les jeux en ligne sont souvent des jeux de guerre (Fortnite, Valorant, Overwatch, Apex …) où les membres d’une équipe doivent coopérer. Et ils n’offrent pas une seconde de répit : il faut rester sur le qui-vive pour éviter de se faire éliminer et de pénaliser son équipe. Utiliser le tchat écrit est donc peu pratique. Le tchat vocal permet quant à lui d’avoir les deux mains libres pour communiquer avec son équipe, tout en jouant !

Parfois j’entends mon fils parler en anglais dans son micro, donc j’en déduis qu’il parle avec des inconnu·es. Je trouve ça plutôt chouette qu’il puisse appliquer les langues apprises à l’école !

Annabelle, mère de plusieurs enfants dont un garçon de 15 ans

Sandrine, une autre mère de famille interrogée, s’amuse : « à midi, mes enfants m’ont demandé comment on dit « est-ce que tu parles français » en italien. Pour vous dire jusqu’où ça va ! »

Michou et Inoxtag, deux YouTubeurs très populaires auprès des collégien·ne·s jouent à Fortnite avec des inconnu·e·s.

Un enfant qui discute avec des inconnus dans un jeu vidéo : n’est-ce pas un peu dangereux ?

Il convient de distinguer, avec l’aide de votre enfant, quel est le niveau d’interaction possible avec les autres joueur·euses dans le jeu auquel il·elle joue :

  • Votre enfant joue avec d’autres personnes, mais il·elle n’a pas la possibilité de parler par écrit ni à l’oral avec eux·elles
  • Il·elle parle seulement avec ses ami·es, sur un serveur externe au jeu (Discord) sur lequel il faut être invité
  • Votre enfant parle avec d’autres personnes, ami·es ou inconnu·es mais seulement dans le tchat écrit du jeu
  • Il·elle parle avec d’autres personnes, ami·es ou inconnu·es sur le tchat vocal du jeu

Mais même dans la 3e et la 4e catégorie, tout n’est pas possible dans les échanges. Sur Fortnite par exemple, le tchat vocal est commun à toute l’équipe. Il n’est pas possible de parler seul à seul avec un·e autre joueur·euse. La présence de témoins est donc quasi-permanente.

Passons à présent à LA question qui taraude les parents de jeunes gameur·euses :

Comment savoir l’âge des personnes avec qui jouent avec mon enfant ? Ces fameux GxVif, WarHack2 ou Mimidu93 dont on ne sait finalement pas grand chose (voir rien du tout)

Il est normal d’avoir peur que son enfant soit exposé·e à des propos ou des contenus inappropriés pour son âge / son niveau de maturité. Moqueries, insultes, sexisme vis à vis des gameuses, propositions sexuelles, arnaques… les exemples ne manquent pas ! Le tchat vocal fait d’autant plus peur qu’il n’y a pas de possibilité de collecter des preuves, à part si les conversations sont enregistrées. Cependant, aucune des personnes que nous avons rencontrées ne nous a fait part de mauvaises expériences.

Parfois, on sait l’âge des gens avec qui on joue, mais pas toujours. Ça arrive qu’on parle un peu de nos vies, quand on a joué ensemble plusieurs fois. Si quelqu’un commence à me dire des trucs chelous, je ne réponds pas et j’arrête tout, tout de suite. Mais c’est pas trop arrivé, en général on parle du jeu quoi. 

Lucas, 14 ans

Finalement a-t-on besoin de savoir tout de la vie d’une personne pour jouer avec elle ? Est-ce que justement, l’anonymat ne ce serait pas une opportunité de sortir un peu des cases, des stéréotypes concernant les sexes et les générations ?

Deux personnages se serrent la main sur le jeu World of Warcraft

Quelques bonnes pratiques à destination des parents

1 – Placer l’ordinateur dans un espace commun, et pas dans la chambre de l’ado.

C’est une bonne façon de contrôler de loin ce qui se passe entre votre enfant et les autres joueur·euses. En général ils·elles ne sont pas ravi·es de cet arrangement, à un âge où on défend farouchement sa vie privée. Mais cela peut être un bon compromis.

L’espace de jeu est dans la chambre d’amis, et la porte est toujours ouverte : je les entends jouer. Ce qui génère parfois un rappel à l’ordre sur la manière dont ils peuvent (mal) se parler, quand ils sont pris dans le jeu !

Sandrine, mère de deux enfants de 10 et 12 ans

Sandrine ajoute que cela permet de limiter le temps passé devant l’ordinateur, notamment quand il y a collège le lendemain. En revanche, ses enfants ont également des smartphones, ce qui est moins facile à contrôler : ils regardent parfois d’autres gens jouer aux jeux vidéo… en cachette sous leur couette !

2 – Vous pouvez également autoriser votre enfant à jouer aux jeux vidéo en ligne, avec des inconnus, mais avec au moins une personne qu’il·elle connaît dans son équipe.

3 – Enfin, le meilleur conseil reste et restera toujours d’en parler avec votre enfant.

Son téléchargement d’un nouveau jeu peut être une bonne occasion d’amorcer la discussion. Mais il est aussi important de maintenir le dialogue au fur et à mesure, en s’intéressant à sa pratique. À quel jeu joues-tu ? Quel est le principe ? Combien d’autre joueur·euse·s compte ton équipe ? Comment communiquez-vous pour coopérer sur le jeu ? Les autres joueur·euse·s sont-ils·elles bienveillant·e·s avec toi ? As-tu des ami·e·s de ta classe sur ce jeu ?

En lui posant la question « quelle est ta réaction si quelqu’un que tu ne connais pas te met mal à l’aise ? », vous pourrez aisément vérifier si votre enfant connait les différentes options proposées par les jeux vidéo en ligne pour mettre fin à une interaction déplaisante : blocage et signalement d’un individu, suppression ou filtrage de certains commentaires…

Même si les jeunes sont souvent sensibilisé·es à l’école, une piqûre de rappel n’est JAMAIS de trop sur les risques des rencontres en ligne.

On leur répète régulièrement : ne communiquez jamais votre âge, votre adresse, ou quoi que ce soit. Ça doit vraiment rester autour du jeu, mais c’est tout.

Sandrine, mère de deux enfants de 10 et 12 ans

Néanmoins, dialoguer avec son enfant n’est pas toujours simple :

Je ne sais pas trop ce que mon fils fait en cas de mauvaises expériences sur le tchat vocal d’un jeu. Finalement on a assez peu d’échanges là-dessus… Car il sait que son père et moi, on n’est pas ravis de le voir passer autant de temps devant les écrans. Donc il n’a pas envie de nous « donner raison » en quelque sorte.

Annabelle, mère de plusieurs enfants dont un garçon de 15 ans
© Kienan Lafferty

Et si on autorisait nos jeunes à vivre avec leur époque ?

Il se trouve qu’on peut AUSSI faire des belles rencontres en ligne. Julien, un jeune homme de 24 ans joue depuis ses 19 ans avec un certain « Nico » sur le jeu Counter Strike. L’été dernier, il a profité de vacances dans le Sud pour le rencontrer. « Il a 33 ans et un enfant, mais on avait plein de choses à se dire, et on s’est bien marrés » conclut-il.

Les trois parents interrogé·es sont unanimes : au vu de leur génération, et surtout du contexte sanitaire particulier, cela leur semble difficile d’interdire à leurs ados de jouer aux jeux vidéos à la mode. Après tout, il s’agit d’un loisir aussi légitime qu’un autre. Et ils y vivent souvent une partie importante de leur sociabilité !


Nota Bene : Nous aurions aimé interroger davantage de gameuses dans le cadre de cet article. Malheureusement, elles sont encore minoritaires dans les jeux vidéo en ligne, et donc plus difficiles à trouver ! Si vous êtes une fille, ou si vous avez une fille concernée, n’hésitez pas à nous écrire pour témoigner. Nous y consacreront sûrement un article prochainement.

À propos de l\'auteur·trice

Community manager depuis plusieurs années, Angela Blachere est notre spécialiste des réseaux sociaux : Instagram, Twitter et même Tik Tok n’ont pas de secrets pour elle ! Elle intervient régulièrement auprès de classes de collégiens pour échanger avec eux sur le fonctionnement et les usages d’internet et des réseaux sociaux. Passionnée par la dimension sociétale du numérique, elle travaille également pour la Fondation LDigital, qui agit pour la mixité dans les métiers du numérique en Auvergne Rhône-Alpes.

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