Un petit tour dans le coffre avec les gangsters de GTA ? © Nate You

La violence dans certains jeux vidéo n’est pas un problème (et ne l’a jamais été)

Le problème n'est JAMAIS le jeu vidéo en soi, d'après plusieurs psychologues

Quand il s’agit de tuer, braquer ou dealer pour gagner la partie dans un jeu vidéo, difficile de ne pas s’inquiéter de l’univers ultra-violent dans lequel évoluent des «gamers » parfois très jeunes. Pourtant, de nombreux spécialistes l’affirment : GTA ne serait pas plus dangereux que FIFA pour l’équilibre émotionnel d’un·e ado !

Ils ou elles manient la mitraillette ou le fusil d’assaut comme des pros, passent des heures à traquer leurs adversaires dans les recoins de mondes virtuels hyper réalistes, et pourtant ils ou elles n’ont que 11 ou 12 ans, voire moins, et s’éclatent avec leurs copains et copines dans des jeux comme Fortnite, Call of Duty ou Grand Theft Auto (GTA). Même si les codes PEGI avertissent que la plupart des jeux de tirs sont destinés aux plus de 18 ans (ou aux plus de 12 ans pour Fortnite) sans surprise, ces jeux réservés « aux grand·es » attirent aussi les plus jeunes. Mais pas de panique, l’enfant comprend très vite la différence entre les jeux vidéo et la réalité.

Les jeux vidéo, accusés de banaliser la violence, agissent plutôt comme un défouloir

Le sujet fait régulièrement débat, notamment aux États-Unis, où après chaque tuerie de masse ces jeux vidéo qui apprennent à tirer sont accusés de banaliser la violence. « Pourtant aucune étude sérieuse n’établit de lien de causalité entre jeux vidéo violents et comportement violent » assure Vanessa Lalo, psychologue clinicienne et spécialiste des pratiques numériques. Plusieurs études plus récentes pointent même, elles, les effets positifs de ces jeux vidéo comportant une certaine violence : aiguiser les réflexes et améliorer les capacités attentionnelles, développer la réflexion, apprendre la résolution de problèmes ou mieux appréhender la modélisation en 3D.

Le jeu ou les armes ? – Fan art de Fortnite © Pedro Mattos

Mais peu importe de développer ou non des compétences après tout car « l’essentiel avec un jeu c’est de s’amuser», aime à rappeler Yann Leroux, psychologue, psychanalyste et lui-même joueur. « Et tuer des bonhommes en pixels, ça fait du bien ! » affirme Vanessa Lalo. « C’est un défouloir tout à fait bénéfique si l’enfant joue pour les bonnes raisons, c’est à dire s’il aime ça tout simplement ! » Certains préfèrent les jeux de voiture, de foot ou de plateforme, mais « si on aime ces jeux de cache-cache où il faut à la fois être rapide, rusé·e et faire preuve de dextérité, des jeux comme Call of Duty ou Counter Strike font passer de très bons moments !» assure-t-elle. Le problème serait donc plutôt quand un enfant joue pour de mauvaises raisons : parce que tout le monde y joue par exemple !

Toute compétition créé une sorte d’agressivité, même le Monopoly !

La notion de compétition est essentielle pour comprendre l’excitation que procure le jeu. Car dès qu’il y a compétition, le joueur ou la joueuse s’investit à fond. « Tout comme il le ferait dans une partie de Monopoly », affirme la psy.

Quand on a envie de gagner on devient un peu rageur, à n’importe quel âge, et pas seulement avec le jeu vidéo !

Vanessa Lalo, psychologue clinicienne, spécialiste des pratiques numériques

Le sport de compétition en est une autre illustration, pour Yann Leroux : « Personne n’accuse les parents de fabriquer des hooligans quand ils emmènent leurs enfants jouer au foot, alors que la rivalité y est bien présente! » Psy et gamer, lui aussi reçoit des jeunes, bien souvent pour des problèmes liés au jeu vidéo… mais dont le problème n’est en réalité JAMAIS le jeu vidéo en lui-même. « Le souci, assure-t-il, c’est que le jeu vidéo plonge les ados dans des univers où leurs problèmes n’existent plus. » Donc fatalement, le retour à la réalité est souvent difficile et peut générer des situations explosives. Mais les problèmes se situent donc ailleurs.

Et si c’était les parents qui étaient violents avec les jeux vidéo ?

« C’est toi qui m’agresse, j’y étais presque, tu peux pas me laisser finir ?  » tempêtent les enfants en retour. Car stopper la partie, interdire la console, accuser les jeux vidéo de tous les maux, ça aussi, c’est violent ! « Mais c’est le rôle des parents de poser des limites, défend Yann Leroux. Et quand l’ado rentre dans une fureur incroyable, le problème vient bien de l’enfant. » Gérer cette excitation, apprendre la frustration, n’est pas facile. « Cette violence on l’a tous et toutes en nous, précise-t-il, et tout le processus d’éducation vise à apprendre aux enfants à la contenir pour qu’elle soit acceptable en société. »

Bazooka, violence, jeux vidéo
La fureur du bazooka dans Call of Duty War Zone © Felix Hernandez

Pour éviter d’envenimer la situation, les parents doivent donc bien comprendre ce qui se joue dans le jeu : la partie se déroule-t-elle en temps réel ? Y a-t-il des coéquipiers ou coéquipières qui comptent les un·es sur les autres ? « Dans un jeu en réseau, explique Vanessa Lalo, c’est dur d’être jugé par le groupe si on est contraint de laisser tomber tout le monde à cause des parents ! » Et qu’il s’agisse d’éliminer des adversaires ou de construire la plus grande tour, le résultat est le même. L’enfant est stoppé, contre son gré, dans une action qu’il ou elle comptait mener jusqu’au bout. La frustration est inévitable. Mais légitime.

Parler de cette violence dans les jeux vidéo et en dehors : la clé pour apaiser les tensions

Pas question pour autant de laisser l’agressivité prendre le dessus. Et pour cela, parler de ce qui pose problème est essentiel, assurent les psychologues. Et pas seulement avec des spécialistes ! Les parents doivent comprendre ce qui plaît à leurs enfants dans ce type de jeu, ce qui leur fait peur ou les excite. « Posez des questions, valorisez ce qui est important pour eux/elles pour libérer leur parole. Et jouez si possible avec eux/elles ! » conseille Yann Leroux. L’occasion peut-être de mieux comprendre l’attrait pour ces challenges qui réclament une grande dextérité, une intelligence et une acuité visuelle rarement mises à l’épreuve IRL* (« in real life », dans la réalité), et d’entrevoir les véritables causes de problèmes plus intimes. « Ce peut-être aussi l’occasion d’expliquer à son enfant pourquoi on n’aime pas ces jeux, souligne Vanessa Lalo, et d’en discuter ensemble pour permettre à l’enfant d’exercer son esprit critique. »

Pour aller plus loin :

Les gamers VS les clichés : une récente vidéo qui donne la parole aux joueurs pour remettre les pendules à l’heure sur de nombreux clichés véhiculés sur le jeu vidéo.

Cette courte vidéo de France Culture, très éclairante sur la nécessité de dédramatiser la violence dans les jeux vidéo.

Pédagojeux, le site de référence pour accompagner les parents dans l’univers du jeu vidéo.

Le site de Vanessa Lalo qui fourmille d’informations utiles et d’études qui élèvent la réflexion.

Et celui de Yann Leroux, Psy & geek, passionnant mais pas très facile d’accès pour les novices

A propos des deux psychologues 

Yann Leroux et Vanessa Lalo utilisent, tous les deux, le jeu vidéo comme support de thérapie, quand les enfants y jouent! « Plutôt que d’utiliser une poupée ou des figurines, on utilise aujourd’hui ce avec quoi joue l’enfant ou l’adolescent·e» explique Yann Leroux. Précurseur dans le domaine de la thérapie par le jeu, il vient d’ailleurs de publier un petit Guide d’entretien à l’usage des psychologues qui reçoivent des gamers. Citation ! « Les désirs des joueurs (qui) sont importants car un même jeu peut offrir des expériences variées et être investi de manière différente par chaque joueur. Ainsi, GTA permet tout à la fois, d’être un agent de chaos et de destruction ; de faire des expériences pour en observer les conséquences et de s’immerger dans une histoire policière aux dialogues dignes de thriller de cinéma. Le même jeu peut satisfaire des personnes qui recherchent de l’action, ou un espace d’expression créative ou encore une histoire prenante. […] La manière dont le récit est organisé, la capacité à utiliser les connaissances du jeu avec les archétypes et les symboles donnent des informations précieuses sur le fonctionnement interne du joueur »

À propos de l\'auteur·trice

Médiatrice et formatrice pour Fréquence écoles, Caroline Bonnard est une ancienne journaliste de télévision, « rédactrice-cadreuse-monteuse » convertie à l’éducation aux médias et au numérique. Passionnée par les bouleversements induits par la « révolution numérique » elle s’intéresse à tout ce qui transforme nos modes d’information, de communication et d’interaction. Maman, elle teste aussi dans sa famille une approche critique mais bienveillante de l’éducation aux médias convaincue qu’il est nécessaire de s'y intéresser de près.

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