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5 raisons pour lesquelles les enfants adorent toujours Snapchat

...et les parents un peu moins

10 ans que Snapchat a fait son apparition dans les smartphones des adolescent·es et l’appli continue de caracoler en tête du classement des applications préférés des (très) jeunes internautes. Les moins de 13 ans en raffolent alors que les parents y sont généralement peu présents. Ceci expliquerait-il cela ?!

Le succès fulgurant de TikTok n’y a rien changé, Snapchat reste l’application préférée des collégien·nes (voir graphique ci-dessus). Même celles et ceux qui n’ont normalement pas l’âge de s’inscrire sur un réseau social (et oui, c’est 13 ans) y sont présent·es en masse ou rêvent de s’y inscrire. Il faut dire que les deux applis ne servent pas à la même chose. Snapchat c’est à la fois un réseau social, une messagerie, une plateforme incroyable de réalité augmentée… Décryptage en 5 points de ce qui rend ce petit fantôme toujours si populaire.

1. Les adultes n’y sont pas !

Et si l’attrait numéro 1 d’un réseau social était avant tout que les parents n’y soient pas ? Comme l’a démontré la sociologue américaine danah boyd (qui ne veut pas de majuscule), un réseau social, c’est avant tout un espace de socialisation, où les jeunes se rassemblent avec leurs amis. Et pour éviter le stalking  des parents (oui oui vous savez, stalker, c’est le fait de fureter sur le compte de quelqu’un pour voir ce qui s’y passe) mieux vaut trouver un endroit sûr ! Dès son lancement, Snapchat a ainsi conquis les jeunes internautes qui cherchaient à échanger entre pairs.

Il faut prendre les réseaux sociaux comme un espace public dans lequel ils traînent, rappelait la chercheuse au Monde en 2014. Les jeunes cherchent de nouveaux lieux de socialisation en ligne lorsque leurs parents deviennent leurs amis sur Facebook, ou les suivent sur Twitter[…] Ce n’est pas cool quand la famille débarque là où on traîne avec ses amis. Alors on trouve un nouvel endroit.

danah boyd, chercheuse américaine en sciences sociales. Auteur de It’s Complicated, vaste enquête sur les vies numériques des adolescent·es.

Quand pour beaucoup la condition d’accepter la création d’un compte était d’y être ami.e avec son fils ou sa fille pour contrôler ce qu’il ou elle y faisait, plus possible avec Snapchat. Impossible de surveiller des échanges privés, surtout que… ⤵️

2. Un « snap » ne reste pas gravé dans le marbre d’internet

Ça a été LA fonctionnalité qui a fait toute la différence ! Quand en 2011, l’application arrive sur le marché des réseaux sociaux, il existe déjà Facebook (2004), Twitter (2006) et Instagram (2010). Le petit fantôme se démarque alors en proposant un service qui n’a rien à voir avec les autres. Ici, rien ne sera stocké : les messages s’auto-détruisent, entre 1 et 10 secondes après avoir été lus. Quelle liberté ! Pas de page personnelle où publications et photos pourraient ressortir des mois ou des années plus tard.

Cette instantanéité est renforcée quelques années plus tard avec l’apparition du format « story ». Un enchaînement de snaps, photos ou vidéos qui disparaissent 24 heures après avoir été mis en ligne.

Les stories permettent de partager en public des contenus privés, qui ne sont ni notés, ni gravés dans le marbre de l’internet . Et pour des enfants qui ont grandi dans la peur de tous les contenus qui pourraient leur nuire plus tard, c’est très libérateur. Avec Snapchat, ils peuvent vivre le présent sans avoir à s’inquiéter de l’avenir de leurs publications. 

Dorie Bruyas, directrice de Fréquence écoles

Mais, revers de la médaille, croire que tout disparaît n’aide pas à être très vigilant sur ce qu’on publie. Or non seulement les données ne disparaissent pas totalement des serveurs, mais l’outil « capture d’écran » a rapidement annihilé cette dimension éphémère des snaps, qu’il est désormais possible d’enregistrer sans problème. Réfléchir avant de cliquer reste donc de mise bien évidemment, et les parents n’ont pas fini d’expliquer les précautions à prendre avant de poster des photos de soi !

3. Créer son alter ego numérique avec Bitmoji, c’est un jeu en soi

La première chose à faire une fois son compte créé, c’est bien sûr d’afficher son profil. Mais pas besoin de chercher la photo qui ira bien et de s’exposer avec ses petits défauts à la face du monde. Snapchat propose une multitude d’options pour créer son moi numérique au format cartoon : le fameux Bitmoji, un avatar qui me ressemble… si je veux ! Black, blanc, beur, au visage rond ou fin, aux grands yeux de biche, cheveux verts, mèche sur le côté ou coupe afro, debout ou en fauteuil roulant… les combinaisons sont infinies. Et chacun.e peut s’y définir comme bon lui semble. « Il y en a au collège qui passent leur temps à changer de tenue, raconte Adèle 13 ans. Ils changent de t-shirts, mettent des casquettes… c’est un jeu en soi ! »

Les marques l’ont d’ailleurs bien compris et se saisissent désormais de l’outil pour approcher de futurs consommateurs.

Enfin libres de s’habiller comme ils veulent, les ados !? Dans l’univers numérique, oui !

Les parents trouveront sans doute que ce temps passé à peaufiner le look de son avatar n’est pas incroyablement bien utilisé. Mais ce petit jeu « dont ils et elles sont les héros » leur permet d’affirmer qui ils ou elles veulent être. Une manière d’exister dans le groupe et de montrer leurs goûts et leurs références culturelles.

4. Les filtres de réalité augmentée rendent le quotidien plus fun

C’est l’autre marque de fabrique de Snapchat, les oreilles de chien, les étoiles et toutes les « lenses » (lentilles de réalité augmentée) régulièrement mises à jour pour s’amuser sans fin à se retoucher, et ajouter des artifices qui amuseront la galerie. Une manière de s’approprier la réalité et d’apprivoiser son image, qui peut aussi tourner à l’excès. Car à force de voir son visage retouché sur l’écran, la réalité que renvoie le miroir de la salle de bain peut paraître bien morose.

Contrairement à la réalité virtuelle, 100% numérique, la réalité augmentée permet de jouer avec le réel.

Outre le temps passé à se prendre en photo, les yeux rivés sur son smartphone, le risque de moins s’aimer au naturel existe bel et bien. Ça s’appelle d’ailleurs la « Snapchat dysmorphophobie » ! Mais dans une société où l’image retouchée est désormais la norme dans l’espace public, ces lentilles permettent aussi de développer un regard critique sur la fabrique des images.

5. Et en plus on s’informe grâce au service Discover

Si le chat est la fonctionnalité la plus utilisée sur Snapchat, l’application a rapidement développé de nouveaux outils pour permettre aux snapchatteurs de suivre des contenus informationnels… et aux médias de s’adresser à ce public généralement éloigné de l’information traditionnelle. En adaptant leurs formats à la plateforme – des vidéo courtes, tournées au format vertical – Konbini, Melty, Brut, Le Monde et plein d’autres s’adressent désormais aux plus jeunes. Même s’il y a fort à parier que les 10-15 ans préfèrent suivre les stories de leurs influenceurs et influenceuses préféré·es que les infos du jour, les usages évoluent !

C’est vieux… mais ça reste drôle. #OKboomer

À propos de l\'auteur·trice

Médiatrice et formatrice pour Fréquence écoles, Caroline Bonnard est une ancienne journaliste de télévision, « rédactrice-cadreuse-monteuse » convertie à l’éducation aux médias et au numérique. Passionnée par les bouleversements induits par la « révolution numérique » elle s’intéresse à tout ce qui transforme nos modes d’information, de communication et d’interaction. Maman, elle teste aussi dans sa famille une approche critique mais bienveillante de l’éducation aux médias convaincue qu’il est nécessaire de s'y intéresser de près.

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