© Gabriel Piccolo

Les webtoons, le phénomène littéraire sur les écrans de vos ados

La BD coréenne qui rend accro à la lecture

Votre ado passe beaucoup de temps sur son smartphone ou sa tablette ? Il ou elle est peut-être passionné·e par les webtoons. Venu de Corée du Sud, ce format de BD créé spécialement pour le numérique conquiert peu à peu le public français. Mais qu’est-ce que c’est exactement ?

Le webtoon, une part importante de la culture Sud-coréenne

Le mot webtoon pourrait être traduit par bande dessinée à scroller. Il s’agit de BD pensées pour le format vertical, qui se lisent donc de haut en bas. De fait, elles sont surtout lues sur smartphones et tablettes. Moins sur ordinateur, où le geste de scroller est moins rapide. Les webtoons sont donc complètement ergonomiques, ce qui les rend d’autant plus agréables à lire pour le jeune public. Traditionnellement, ils se déclinent en épisodes. Ce sont des histoires feuilletonnantes, actualisées le plus souvent à un rythme hebdomadaire.

Nés aux alentours de 2004 en Corée du Sud, les webtoons font suite à une volonté de la part du gouvernement de créer une culture nationale, apte à rayonner dans le monde entier pour promouvoir le pays. C’est ce qu’explique Pascal Lafine, responsable de la section manga de Delcourt et initiateur de Verytoon, la plateforme de publication de webtoons du groupe.

L'interface de Verytoon un des principaux sites de Webtoon en France

À partir de 2004, la Corée du Sud a voulu se détacher des cultures chinoises, japonaises et américaines qui étaient très présentes dans le pays et qui écrasaient la culture coréenne. Ils ont alloué des sommes incroyables pour la culture, elles sont parties dans la musique mais aussi la BD, le cinéma, la beauté… Le but c’était de créer une culture coréenne qui pourrait s’épanouir dans le monde.

Pascal Lafine, responsable de la section manga de Delcourt

En tout cas, ce format a conquis le public local : en 2020, l’industrie du webtoon a généré 800 millions d’euros de chiffre d’affaires en Corée. Au fil des années, le format s’est exporté en Asie, notamment en Chine ou encore en Indonésie… puis en France. Verytoon a été lancé en début d’année, motivé, entre autres, par les chiffres impressionnants de ce modèle en Asie.

Des épisodes qui font mouche

Si dans son pays natal le format séduit plutôt les femmes de 25 à 35 ans, en France en revanche, le lectorat est plus jeune. Stéphane Ferrand, directeur éditorial de la plateforme française Webtoon Factory lancée par Dupuis, explique que les lecteur·rices ont entre 12 et 27 ans. Lou a 12 ans, et dévore les webtoons. Elle préfère les histoires de romances et les dramas.

L'interface de Webtoon factory avec les dernières nouveautés

De nouveaux épisodes sortent tous les jours, de différentes séries. Donc ça dépend de ce qui est sorti, mais en général j’y passe entre 40 minutes et 1 heure par jour. J’adore ça parce que c’est facile à lire. Et comme c’est découpé en épisodes, tu as envie d’y retourner.

Lou, 12 ans

Noëlle, 14 ans, explique suivre plusieurs dizaines de webtoons en même temps. Toutes deux ont découvert ce format grâce à des publicités sur les réseaux sociaux : Lou sur Snapchat, et Noëlle sur Instagram. Cette dernière utilise la plateforme Webtoon.fr.

J’ai découvert les webtoons grâce à Instagram. Au début, je trouvais ces pubs énervantes, mais au fil du temps, les webtoons qu’on me proposait m’intéressaient de plus en plus. C’est comme ça que j’ai commencé les webtoons, et plus le temps passe, plus je commence de nouvelles histoires.

Noëlle, 14 ans

Les plateformes savent attirer l’attention des lecteur·rices en allant les chercher sur les services qu’ils et elles utilisent. Cependant lorsqu’on est convaincu·e, il faut mettre la main au porte-monnaie : la plupart des plateformes proposent leurs premiers épisodes gratuitement, et réclament un paiement pour pouvoir lire la suite.

Les webtoons vont-ils remplacer la BD papier ?

Le concept, sous forme de rendez-vous, fonctionne et intéresse donc les éditeurs. Webtoon Factory, contrairement à Verytoon, n’achète pas d’oeuvres publiées en Corée, mais crée les siennes, avec de jeunes auteur·rices locaux·ales. Stéphane Ferrand explique ce choix.

Il nous est apparu intéressant d’être les propriétaires de ce qu’on fait. Quand on fait du webtoon coréen en français on fait de l’achat de droit, mais c’est en quelque sorte de la location. Lorsque vous produisez vos propres titres, si un projet a du succès, cela vous donne la possibilité de le travailler, vous pouvez partir sur un dessin animé, un film… des produits dérivés qui peuvent être intéressants à développer.

Stéphane Ferrand, directeur éditorial de Webtoon Factory

Et visiblement, ça marche : Wishlist par exemple, publié sur Webtoon Factory, a été optionné par des producteurs audiovisuels. Devant ce succès naissant mais encourageant, doit-on s’attendre à voir les BD numériques telles que les webtoons remplacer la BD papier dans les années à venir ? Pour Pascal Lafine, les deux supports peuvent très bien cohabiter, surtout en France.

La France est l’un des pays les plus ouverts au monde. On a des genres de bandes dessinées de pays différents qui se côtoient et qui fonctionnent, alors qu’on a une culture BD locale très forte. La BD papier ne craint rien parce qu’on a des lecteurs qui sont ouverts à beaucoup de choses.

Pascal Lafine, responsable de la section manga de Delcourt

Du côté de Lou et Noëlle, leur passion pour les webtoons est une sorte de prolongement de leur attachement à la lecture. Lou explique lire beaucoup de livres papiers, dont des bandes dessinées, comme Princesse Sarah, Télémaque ou encore Geronimo Stilton. Noëlle ne lit pas de BD à côté des webtoons, mais dévore, en revanche, des classiques littéraires.

Loin d’être une concurrence pour la bande dessinée ‘“traditionnelle”, le webtoon semble être plutôt un nouveau loisir numérique à l’image des jeux vidéo ou des réseaux sociaux. Sera-t-il une simple mode en France, ou une véritable mouvance comme en Corée ? L’avenir nous le dira.

À propos de l\'auteur·trice

Journaliste depuis quatre ans, Lise Famelart est passée chez Clubic, Le Progrès, Euronews ou encore madmoiZelle en tant que cheffe de rubrique high-tech et jeux vidéo. Le numérique reste une de ses thématiques de prédilection et à côté de son travail de journaliste, elle aime échanger à propos du jeu vidéo sur Twitch.

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