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Non, PEGI 18 ne veut pas dire interdit au moins de 18 ans

Tout, tout, tout, vous saurez tout sur le PEGI

PEGI 7, PEGI 16, PEGI 18… on connaît tous·tes ce sigle, annoncé d’une voix grave au début des publicités pour jeux vidéo à la télévision, et inscrit au dos de toutes nos boîtes de jeux. Mais comment les centaines de jeux vidéo qui sortent chaque année sont-ils notés par cette l’organisation PEGI ? Et les notations constituent-elles une appréciation globale pour vos enfants ?

Comment les jeux vidéo sont-ils évalués par PEGI ?

Lancée en 2003, PEGI est une organisation européenne (reconnue par l’État français) créée conjointement par des éditeurs de jeux vidéo et des associations de protection de l’enfance.

Les quatre niveaux de la signalétique PEGI

Concrètement, les éditeurs doivent répondre à un questionnaire qui leur permettra d’obtenir une première notation. Ils doivent ensuite envoyer une version de leur jeu lorsque celui-ci est pratiquement finalisé. Ils reçoivent alors une note définitive, qui apparaitra sur le boîtier du jeu. Alison Derolez, productrice chez l’éditeur de jeux vidéo Goblinz Studio, a plusieurs fois été amenée à demander cette notation à PEGI. Elle nous explique que la demande peut être faite très tôt.

Pour demander la notation, il faut que le jeu soit dans un état jouable pour que les testeurs chez PEGI puissent l’évaluer. Il faut que cette version présente le contenu complet ou du moins que les fonctionnalités principales soient faites et qu’il n’y ait pas du contenu susceptible d’être classé dans une certaine catégorie ajouté après. PEGI demande aussi les archives des projets une fois que le jeu est sorti.

Alison Derolez, productrice chez l’éditeur de jeux vidéo Goblinz Studio

Depuis quelques années, les jeux sortant uniquement sur support numérique peuvent faire appel au système IARC. Il s’agit d’un autre processus nécessitant uniquement de remplir un questionnaire. Lorsque le jeu sort, les administrateurs sont susceptibles de changer la notation s’ils la considèrent inadéquate.

Choquant, non. Jouable, pas forcément

Mais la classification PEGI n’indique pas exactement quel jeu est adapté à quelle classe d’âge. Le but est de repérer les éléments qui peuvent choquer ou être toxiques pour un jeune public. Parmi ces éléments, on compte la présence de violence, d’insultes, de sujets effrayants, des références aux jeux d’argent, au sexe, à la drogue et des risques de créer de la haine envers des minorités. La facilité de prise en main du jeu, la présence de texte qui le rend inaccessible pour les enfants qui ne savent pas lire, ne sont pas pris en compte. D’ailleurs, l’organisation ne fait pas intervenir d’enfants dans son processus de notation.

Ainsi, un jeu comme FIFA qui contient du texte, de la gestion et requiert des manipulations complexes est classé PEGI 3. Cela ne veut pas dire qu’un enfant de 3 ans peut y jouer. Mais simplement que le jeu ne contient aucun détail susceptible de le choquer.

C’est d’ailleurs un élément sur lequel l’organisation insiste sur son site officiel. Dans la rubrique “conseils”, il est spécifié :

Essayez de trouver un résumé ou une critique du contenu du jeu. Idéalement, jouez vous-même au jeu ou jouez à des jeux vidéo avec vos enfants, c’est la meilleure manière d’en apprendre davantage sur eux.

extrait de la rubrique « conseils » du site pegi

Pour déterminer si un jeu correspond à son enfant, vérifier la classification PEGI ne suffit pas. L’organisation elle-même le reconnaît. C’est ce que fait par exemple Yacine, père d’une enfant de 7 ans.

On ne lui a offert aucun jeu avant ses 7 ans. Elle jouait sur les miens, choisis après les avoir testés. Le 1er qu’on lui a offert, en 2020, c’est Animal Crossing 3DS choisi en se basant sur ce qu’elle aimait dans les jeux proposés jusqu’alors. La classification PEGI est un bon repère de base mais le choix se fait en général sur mon appréciation sur le style de jeu, et les qualités du titre par exemple.

Yacine, père d’une enfant de 7 ans

Une communication parfois contradictoire

Sur son site officiel, le discours de PEGI est assez clair. Il est dommage de constater que celui-ci ne transparaît pas toujours dans sa communication. Le message de cette publicité par exemple, semble contradictoire.

N’essayez pas de comprendre le jeu” est un slogan un peu contre-productif. Justement, l’idéal est de jouer avec son enfant pour partager cette expérience et s’assurer qu’elle est adaptée. Voire même de tester le jeu à l’avance, si l’on en a la possibilité. Sophie, mère d’un enfant de 10 ans, veille à accompagner son fils.

Plus petit je tapais dans les valeurs sûres : les jeux Nintendo et Lego. Maintenant il fait sa curation lui-même, en regardant beaucoup de streameurs et de streameuses. Du coup je surveille surtout qui il regarde. Ensuite il me demande s’il peut jouer à tel ou tel jeu.

Sophie, mère d’un enfant de 10 ans

Roméo, père de deux filles de 5 et 7 ans, prend le temps de jouer aux jeux qu’il leur propose. Mais il fait attention à la présence d’interactions en ligne. Il cite l’exemple de Fall Guys, qu’il autorise à ses enfants malgré le fait que ce soit du massivement multijoueur, car les possibilités de communiquer entre joueurs·euses sont extrêmement limitées. PEGI ne prend pas non plus en compte ce critère-là. Animal Crossing New Horizons par exemple, sorti l’an dernier, est PEGI 3. Pourtant, les joueurs·euses peuvent interagir, s’écrire des messages et même s’envoyer des dessins. Il suffit donc que des joueurs·euses malveillant·es soient présent·es pour que le jeu contiennent des propos choquants. Olivier Gerard, membre de la commission des plaintes PEGI, explique que la question des interactions en ligne a déjà été posée au sein de l’organisation.

Si on avait créé une signalétique indiquant que le joueur peut interagir avec d’autres joueurs, aujourd’hui on devrait la mettre quasiment sur tous les jeux. Donc ce n’est pas forcément par la signalétique PEGI que ça doit passer. C’est plutôt par une communication complémentaire, parce que la signalétique n’est qu’une des missions de PEGI. Aujourd’hui le jeu est fait d’interactions, de collaborations. En tant que parent, il faut en parler avec ses enfants, être vigilant sur ça.

Olivier Gerard, membre de la commission des plaintes PEGI

Olivier Gerard fait référence au collectif PédaGoJeux, qui effectue des missions de terrain pour sensibiliser aux enjeux du jeu vidéo auprès des parents et des enfants.

Animal Crossing est PEGI 3 mais la présence de texte et l’interaction avec d’autres joueurs le rend inadapté à de très jeunes enfants.

La classification PEGI, un argument marketing ?

Arrive-t-il que certains éditeurs se servent de la signalétique pour la promotion de leurs jeux ? Plus concrètement, est-ce que le label PEGI 18 sur un jeu vidéo peut être un argument de vente ? C’est une idée qui se défend, puisque ce sont des jeux qui se vendent bien. Selon le rapport 2020 du SELL (Syndicat des Éditeurs de Logiciels de Loisir), les jeux vidéo classés PEGI 18 constituaient l’an dernier 31% des parts de marché. Il est tout à fait imaginable que certain·es créateurs·trices choisissent délibérément de mettre plus de violence dans leurs jeux pour attirer les joueurs·euses en manque de sensations fortes.

Mais en tout cas, ils ou elles n’auront pas vraiment intérêt à tenter d’influer artificiellement sur la notation de leur jeu, en donnant des informations biaisées à l’organisation PEGI, par exemple. C’est en tout cas le point de vue d’Audrey Leprince, créatrice du studio The Game Bakers et lead narrative designer du jeu Haven.

On préfère être très clairs au moment où on demande la classification, parce qu’on ne veut pas qu’un public trop jeune soit exposé à notre jeu. Le principe de cette classification c’est que les parents doivent pouvoir lui faire confiance. Sinon tout le principe s’effondre.

Audrey Leprince, créatrice du studio The Game Bakers

L’équipe de Haven avait d’ailleurs choisi de demander une classification plutôt haute, un PEGI 18, par précaution. L’organisation a finalement estimé que le jeu pouvait être PEGI 12. Pour Audrey Leprince, cette note est encore trop basse.

C’est une histoire d’amour, parfois ils parlent de sexe, à un moment on insinue qu’ils boivent de l’alcool, et à un autre moment ils mangent par erreur un champignon qui les fait halluciner. Pour éviter qu’on se fasse rattraper par les stores on a tout de suite mis 18+. Quand le jeu est sorti, les organismes ont fait des vérifications et ont descendu la classification du jeu. Mais on va leur demander de la remonter. On pense qu’ils n’ont pas vu tous les détails du scénario.

Audrey Leprince, créatrice du studio The Game Bakers
Haven est pour l’instant classé PEGI 12

C’est là toute la subtilité du code PEGI : la classification se veut objective mais ne peut jamais vraiment l’être. Ainsi, la présence de violence doit normalement augmenter l’âge limite. Mais tout dépend de si elle s’inscrit dans un registre réaliste, ou plutôt cartoon. Plant vs. Zombies par exemple, édité par Electronic Arts, est un jeu de tir à la première personne, où le but est d’abattre ses ennemis avec des armes. Mais la direction artistique est enfantine, les protagonistes ne sont pas humains, donc le jeu est PEGI 7.

En résumé, la classification PEGI est plus utile en tant que critère, plutôt qu’en tant qu’unique indicateur. Un jeu PEGI 3 ne sera pas choquant, mais il ne sera pas forcément accessible à un·e jeune joueur·euse. Et rien ne garantit qu’il n’aura pas pour effet d’énerver l’enfant avec un gameplay nerveux, puisque cet indicateur ne fait pas partie des choses prises en compte par PEGI. L’idéal reste de jouer avec l’enfant, au moins dans un premier temps. Selon le rapport du SELL, 66% des parents déclarent jouer avec leurs enfants au moins occasionnellement.

À propos de l\'auteur·trice

Journaliste depuis quatre ans, Lise Famelart est passée chez Clubic, Le Progrès, Euronews ou encore madmoiZelle en tant que cheffe de rubrique high-tech et jeux vidéo. Le numérique reste une de ses thématiques de prédilection et à côté de son travail de journaliste, elle aime échanger à propos du jeu vidéo sur Twitch.

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