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Quand les filles plient le game du jeu vidéo

Elles sont de plus en plus les bienvenues dans cet univers, et c’est tant mieux

En mars dernier, Franceinfo pointait les attitudes sexistes rencontrées par les femmes dans le milieu du jeu vidéo, poussant les joueuses d’e-sport à créer des espaces 100% féminins. Alors, les filles sont-elles mal accueillies dans l’univers du gaming ? Même si cet exemple fait état d’une situation compliquée, les choses sont bel et bien en train d’évoluer. Aujourd’hui, les joueuses se font de plus en plus leur place dans cet univers, parfois en jouant des coudes. Itinéraire d’une reconnaissance.

En 2020 les femmes représentaient plus de la moitié des joueur·euses au sein des jeux grand public.

Enquête Médiamétrie sur l’e-sport

Les joueuses, très présentes, mais presque invisibles

La moitié des joueurs sont des joueuses. Cette statistique est proclamée par toutes les organisations professionnelles du jeu vidéo, SNJV (Syndicat National du Jeu Vidéo) et SELL (Syndicat des Logiciels de Loisir) en tête. Pourtant sur les scènes d’e-sport par exemple, on ne retrouve que très peu de filles. Ci-dessous, l’extrait d’une enquête Médiamétrie sur l’e-sport en 2020 indique que les femmes représentent plus de la moitié des joueur·euses au sein des jeux grand public. Mais cette proportion chute du côté de l’e-sport.

Même constat avec le classement des plus gros streameurs jeux vidéo sur Twitch : il n’y a pas une seule femme parmi les dix français totalisant les plus d’heures de visionnage. Le constat est simple : les femmes sont présentes dans les communautés de joueurs, mais plus rares dans les postes à forte visibilité, comme l’e-sport ou le streaming. De fait, encore aujourd’hui beaucoup considèrent que le jeu vidéo est un loisir masculin. Heureusement, les choses tendent à changer, et cela commence… à la source.

La représentation dans le jeu vidéo, un véritable enjeu

Le jeu vidéo est une œuvre narrative : elle raconte une histoire, de la même façon qu’une série, un film ou un livre. On apprécie donc de pouvoir s’identifier au personnage principal. Or, les studios ont longtemps été frileux en ce qui concerne la représentation des femmes dans leurs jeux. En 1986, sortait le jeu vidéo Metroid, mettant en scène Samus, une chasseuse de primes à la poursuite de pirates de l’espace. Si le personnage principal était féminin, les joueur·euses ne l’apprenaient en réalité qu’à la fin de l’histoire, lorsque Samus enlevait son casque. Et si le jeu était terminé en moins d’une heure, elle se retrouvait… en bikini.

Samus en bikini : la « récompense » de terminer le jeu en moins d’1h © Metroid, Nintendo

Même chose du côté de Lara Croft, héroïne des jeux Tomb Raider, dont le premier était sorti en 1996. Aux débuts de la licence, le personnage était pourvu d’une paire de seins d’une taille surréaliste (2 gros pixels) et poussait des cris suggestifs à chaque fois qu’elle bondissait.

Bref, les femmes étaient déjà présentes dans l’univers vidéoludique, mais cela ne semblait pas vraiment destiné à ce que les joueuses s’identifient. Plus tard en 2013, le studio Bioware publiait Bioshock infinite, 3e volet de sa saga. Sur les visuels de communication était mise en avant Elizabeth, l’une des protagonistes de l’histoire. Celle-ci avait été ensuite enlevée de la jaquette finale, de peur que les joueurs pensent qu’ils auraient à incarner une fille…

Une évolution progressive

Mais 2013, ça fait loin dans un médium qui évolue aussi vite. Aujourd’hui, les choses ont changé : en 2017,  Guerrilla Games créait Horizon Zero Dawn, mettant en scène Aloy, personnage principal féminin. L’histoire démarrait au sein d’une société matriarcale, et Aloy n’était pas spécialement sexualisée. Horizon n’est pas le point de départ d’un renouveau (d’autres personnages l’ont précédée, comme Lara Croft qui a bien évolué depuis les premiers opus), mais est assez symbolique de ce vent nouveau dans le monde du jeu vidéo.

©Horizon Zero Dawn, Guerrilla Games

Ces dernières années ont également apporté leur lot de protagonistes variées en termes d’âge. En 2015, le studio Dontnod dévoilait Life is strange, un jeu narratif avec pour héroïne Max, adolescente apprentie photographe. Quand on regarde du côté du jeu vidéo indépendant, les studios proposent encore plus de diversité, avec par exemple Alba : A Wildlife Adventure, qui raconte l’histoire d’une petite fille à la découverte de la faune d’une île. Cette protagoniste n’empêche pas le jeu de se destiner à tous les genres et tous les âges, tout en permettant aux jeunes joueuses de s’identifier.

Du côté des studios, des choses se mettent en place grâce aux collectifs et aux associations. Justement, Women in games qui promeut la mixité dans l’industrie du jeu vidéo en France, s’adresse aussi aux plus jeunes. L’association propose par exemple des ateliers d’initiation à la création de jeux vidéo, destinés spécifiquement aux adolescentes, animés par des professionnelles du jeu vidéo.

Que conseiller à votre fille ?

Votre fille est curieuse des jeux vidéo mais ne sait pas vers quoi se tourner ? L’idéal est de jouer avec elle. Le monde vidéoludique est un loisir qui se partage, et cela vous permettra aussi de mieux cerner ses goûts. De plus, c’est une bonne façon de constater ou non qu’un jeu est adapté à son âge. Prêter attention à la classification PEGI (nous y avions consacré un article il y a quelques temps) est également important, même si cela ne fait pas tout. Le code PEGI permet principalement de s’assurer que l’œuvre ne contient aucun propos choquant.

Pour que les jeunes joueuses se sentent concernées, l’idéal est de leur proposer des jeux avec des personnages féminins inspirants qui pourront leur servir de modèle. Comme dit plus haut, Alba : A Wildlife Adventure est un jeu très touchant et accessible, avec un joli message écologique. Dans GRIS, nous incarnons une jeune fille en proie à ses propres démons, dans un monde à  la fois triste et poétique. Pour les joueuses plus patientes, il y a Carto, un jeu d’énigme très (très très) bien pensé racontant l’histoire d’une petite fille cherchant à rejoindre sa grand-mère. Et bien sûr il y a Spiritfarer, qui propose d’incarner une passeuse d’âmes dans un jeu narratif bourré de rebondissements.

Le jeu Carto, convivial et casse-tête

Que ce soit au sein des jeux indépendants ou des productions à gros budgets, les personnages féminins sont de plus en plus présents dans les jeux vidéo. Et surtout ils sont variés, réalistes, donc permettant aux filles de s’identifier. Ainsi, c’est toute une génération de jeunes joueuses qu’ils pourront entraîner dans leur sillage.

À propos de l\'auteur·trice

Journaliste depuis quatre ans, Lise Famelart est passée chez Clubic, Le Progrès, Euronews ou encore madmoiZelle en tant que cheffe de rubrique high-tech et jeux vidéo. Le numérique reste une de ses thématiques de prédilection et à côté de son travail de journaliste, elle aime échanger à propos du jeu vidéo sur Twitch.

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