Et si la science-fiction était vraiment utile aux enfants ?

Aidez-les à voir dans le futur grâce à la pop-culture

Quand on parle de science-fiction, on pense à Matrix, Blade Runner, Star Wars… des œuvres plutôt pensées pour les adultes. Pourtant, ce genre concerne aussi le jeune public, pour une raison toute simple : il propose des hypothèses sur le monde de demain. Le futur est quelque chose d’angoissant pour beaucoup de jeunes : ils entendent parler, à juste titre, de réchauffement de la planète, d’épuisement des ressources… pour garder espoir, il faut pouvoir imaginer des lendemains positifs. La science-fiction est donc un support intéressant à proposer aux jeunes générations, pour leur permettre d’imaginer ou de se projeter dans un futur plus ou moins radieux.

Avant de nous pencher sur cette question, petite définition : la science-fiction se caractérise par des récits reposant sur des progrès scientifiques et techniques obtenus dans le futur. Ce genre est aujourd’hui exploré en littérature, mais aussi dans les films, les séries, les jeux vidéo… Peut-être parce qu’il pose des questions très actuelles, le genre est très à la mode en ce moment, avec par exemple l’adaptation du monument littéraire Dune au cinéma, le grand succès du jeu vidéo Cyberpunk l’an dernier ou encore le retour du magazine Métal Hurlant.

Le futur s’inspire du présent

Mais les histoires imaginées par les auteurs·trices de science-fiction ne viennent pas de nulle part. Elles sont toujours inspirées par le passé et le présent. C’est ce qu’explique l’auteur de BD et réalisateur français Enki Bilal, dans la revue Métal Hurlant, lorsqu’il affirme “La conjugaison du présent et du passé me donne un potentiel futur.”. De fait, la science-fiction fournit des hypothèses sur le futur et elles sont parfois très proches de la réalité, comme l’indique l’artiste.

En 2020, l’humanité a été plongée dans l’un des plus terrifiants épisodes de SF qui ait été imaginé au cours des décennies passées, la pandémie. Je repense au film Contagion de Soderbergh (2011). J’avais trouvé ça rude et gravement malsain, et puis nous l’avons vécu.

Enki Bilal, auteur de BD

L’Histoire avec un grand H inspire aussi la science-fiction. Sylvain Repos est l’auteur de Yojimbot, une bande dessinée qui raconte l’histoire d’un enfant errant dans un parc d’attraction abandonné, et sa rencontre avec les, très perfectionnés, robots du parc. L’œuvre parle de robots, d’humanité en péril, mais quand on questionne l’auteur sur ses références, elles se situent principalement dans le passé, à l’époque du Japon féodal.

© Yojimbot, Sylvain Repos

En créant Yojimbot j’ai beaucoup pensé au manga Lone wolf & cub, qui raconte l’histoire d’un samouraï renégat qui s’occupe de son fils qu’il aurait dû tuer pour pouvoir fuir. Il préfère s’en occuper et le défendre, j’ai plus pensé aux films de samouraïs qu’aux films de robots. En fait je ne me suis jamais vraiment transposé dans le futur, l’histoire est tout à fait actuelle, c’est des individus qui protègent un enfant.

Sylvain Repos, auteur de Yojimbot

Faire de la science-fiction, ce n’est pas seulement imaginer des histoires qui divertiront. C’est aussi très utile pour faire face aux changements du monde. C’est dans cette optique que Daniel Kaplan a créé la Plurality University, une association visant à réunir des artistes, des ingénieurs, des activistes, des universitaires… Le but : les amener à partager leurs réflexions sur le monde de demain, et encourager tout un chacun à se lancer dans une démarche similaire. Pour Daniel Kaplan, l’action passe d’abord par la réflexion.

Ce sont les mêmes zones du cerveau qui s’activent quand on fait le geste et quand on va faire le geste. On imagine ce qu’on fait avant de le faire. Et à l’échelle d’une société, c’est la même chose. Ce ne sont pas que des organes qui marchent ensemble, mais d’abord la traduction d’un imaginaire.

Daniel Kaplan, co-fondateur de la Plurality University

Ouvrir le champ des possibles avec la science-fiction

Et c’est en cela que le genre est intéressant pour le jeune public. Denis Guiot est éditeur et créateur de la collection d’anticipation pour la jeunesse en grand format, Soon, destinée aux enfants dès 8 ans. À La Revue des livres pour enfants, il explique :

La fameuse question « Que se passerait-il SI ? » permet de développer l’intelligence du jeune lecteur qui ne demande pas mieux que de réfléchir, à condition que l’auteur lui prépare le terrain.

Denis Guiot, éditeur de Soon

Lire, regarder, découvrir de la science-fiction, oui… mais pas n’importe comment ! L’idéal si vous proposez des œuvres de SF à vos enfants, c’est d’accompagner cette découverte de discussions. Qu’est-ce que cette œuvre lui a inspiré·e ? Comment l’a-t-il ou elle interprétée ? Pour Daniel Kaplan, la proposition d’œuvres littéraires de science-fiction dans le programme scolaire par exemple, serait intéressante, mais à condition d’un traitement adapté.

Ce que j’attendrais de l’étude de la science-fiction, ce n’est pas de refaire des études stylistiques, même s’il n’y a rien de mal à ça. L’intérêt c’est de s’en servir comme des invitations à discuter et à créer. Ce serait bien que ça s’inscrive dans un contexte pluridisciplinaire, pas uniquement en français. En physique, en histoire-géo, en SVT… alors à ce moment-là ça deviendrait bien plus intéressant.

Daniel Kaplan, co-fondateur de la Plurality University

Dans le cadre familial, l’idéal est de choisir des œuvres trans-générationnelles, qui pourront être lues, vues ou jouées à la fois par les enfants et par les parents, afin que la découverte soit conjointe et que cela nourrisse les discussions. Pour Daniel Kaplan, l’enjeu est de « réapprendre aux jeunes à imaginer, à raconter des histoires, à en créer, à en discuter”. Ainsi, la science-fiction ne permet pas de prédire le futur. Elle permet de formuler des hypothèses sur le monde, et c’est une façon pour les jeunes générations de se projeter.

Quelles œuvres de science-fiction pour la jeunesse ?

Cet article vous a (presque) convaincu·e de proposer de la SF à votre enfant ou votre ado ? Certaines œuvres sont pensées pour la jeunesse. Star Wars a bien sûr marqué l’histoire du cinéma et de la SF. Si les films ne sont pas accessibles dès le plus jeunes âge, l’univers s’est développé avec des BD, des livres, des séries… Anne-Pauline, créatrice du blog littéraire Apireading, conseille la série Star Wars Rebels, pensé pour les 14-18 ans, et les dessins animés LEGO Star Wars plutôt destinés aux 10-12 ans.

© LEGO Star Wars, Disney

Dans la bibliothèque verte il y a plein d’histoires annexes aux séries et films adultes (The Mandalorian par exemple, tout le monde aime bébé Yoda). En histoires originales, je recommande très chaudement « Une Épreuve de Courage » (10-12 ans) et « En Pleines Ténèbres » (16-18 ans) qui sont les dernières sorties de l’ère de la Haute République. Deux petits bijoux !

Anne-Pauline, créatrice du blog littéraire Apireading

Côté BD, il y a Yojimbot, mentionné plus haut, mélangeant les références franco-belges, comics et mangas, et qui est accessible dès l’adolescence. Chez le même éditeur, Mécanique Céleste se déroule dans un monde en pleine déchéance où les conflits se règlent à la balle au prisonnier. Ne se contentant pas juste d’être bourrée d’action, cette BD est aussi très belle. L’important reste de choisir des œuvres qui plairont à vos enfants, mais aussi à vous, pour que vous les découvriez ensemble et que vous puissiez ensuite en discuter. Afin, pourquoi pas, d’inciter les prochaines générations à penser le futur différemment !

À propos de l\'auteur·trice

Journaliste depuis quatre ans, Lise Famelart est passée chez Clubic, Le Progrès, Euronews ou encore madmoiZelle en tant que cheffe de rubrique high-tech et jeux vidéo. Le numérique reste une de ses thématiques de prédilection et à côté de son travail de journaliste, elle aime échanger à propos du jeu vidéo sur Twitch.

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