Votre ado adore Fortnite ? Et si il était e-sportif ?

Ou est-il ou elle juste un peu geek ?

Si la pratique de l’e-sport a démarré dans les années 80 avec les jeux vidéo en LAN (tournois en réseau local), ce n’est qu’au fil de cette dernière décennie que le secteur est devenu un véritable business, avec des tournois dotés de prix de plus en plus impressionnants. Aujourd’hui, de nombreux·ses jeunes joueurs·euses connaissent le milieu et ont même leurs compétiteurs·trices préféré·es. Mais au fait, à partir de quel moment peut-on dire qu’on est e-sportif·ve ?

Au fait, c’est quoi l’e-sport ?

Pour répondre à cette question, il faut d’abord définir le sens du mot e-sport. Le jeu vidéo en compétition a commencé à se professionnaliser à la fin des années 90, avec la création de la Cyberathlete Professional League aux États-Unis. Aujourd’hui, on retrouve dans le fonctionnement de ce secteur beaucoup de points communs avec d’autres sports professionnalisés comme le foot par exemple : chaque équipe a un ou plusieurs coachs, et des sponsors dont les joueurs·euses arborent les couleurs. L’e-sport a même ses commentateurs·trices vedettes, et certains tournois se déroulent en grandes pompes : fin 2019 par exemple, L’AccorHotels Arena de Paris-Bercy accueillait la finale des championnats du monde de League of Legends. La plus importante équipe d’e-sport française, Vitality, a même installé son centre d’entraînement au Stade de France.

Côté jeux, seuls quelques-uns se font une place dans cet univers impitoyable. Rémy Chanson, président d’Armateam, structure française spécialisée dans l’e-sport, explique que “Les jeux qui cartonnent le plus sont League of legends, Fortnite et Counterstrike”. D’autres jeux peuvent aussi faire l’objet de tournois, comme Rocket League par exemple, mais les trois jeux cités ci-dessus sont ceux qui proposent les prix les plus importants aux vainqueurs des compétitions.

Pour Nicolas Besombes, enseignant-chercheur en STAPS à l’université de Paris, tous les jeux comportant un aspect compétitif peuvent entrer dans cette catégorie.

C’est difficile de savoir ce qu’est un jeu e-sport, c’est une forme de pratique du jeu vidéo, donc n’importe quel jeu qui permet de s’affronter, peut finalement être qualifié de jeu e-sportif.

Nicolas Besombes, sociologue du e-sport

L’été dernier le jeu vidéo Stardew Valley a fait l’objet d’une compétition, organisée par son créateur Eric Barone. Les joueur·euses y incarnent un personnage fraîchement débarqué dans un petit village, qui doit faire prospérer une ferme et interagir avec ses voisin·es. Rien de compétitif à priori, mais Eric Barone a trouvé le moyen de pimenter tout ça avec une série de défis à réaliser le plus rapidement possible, en équipe. La preuve que l’e-sport est un terme finalement assez vague.

Mon ado est-il·elle e-sportif ou e-sportive ?

De fait, déterminer à partir de quel moment un·e joueur·euse est e-sportif·ve peut également prêter à débat. Selon Nicolas Besombes, on peut faire le parallèle avec des sports plus “traditionnels”, comme le basket par exemple.

À partir du moment où on s’inscrit à des compétitions, on peut être qualifié d’e-sportif amateur. Lorsqu’on passe uniquement par le jeu en lui-même, c’est à dire qu’on essaie de se classer à l’intérieur du jeu mais sans s’inscrire à une compétition, c’est un peu comme faire du basket sur un terrain, mais sans le faire de manière fédérale, en étant licencié dans un club. On parle de sport de loisir et de la même façon, on peut parler d’e-sport de loisir.

Nicolas Besombes, sociologue du e-sport

Comme le sport “traditionnel”, l’e-sport a ses amateurs·trices et ses professionnel·les. Les joueur·euses contractualisé·es dans une équipe leur permettant de recevoir des biens financiers sont ainsi considéré·es comme professionnel·les. Mais cela leur permet rarement de gagner leur vie : en France on compte près de 200 joueurs·euses e-sport professionnel·les, et seule la moitié en vit.

Et si votre enfant veut faire carrière dans l’e-sport

Vous l’aurez compris, faire carrière en tant que joueur·euse d’e-sport n’est pas chose facile. Mais ce n’est pas inenvisageable. Rémy Chanson est régulièrement confronté à des jeunes qui veulent en faire leur métier.

C’est une carrière envisageable puisque le nombre de joueurs pro augmente d’années en années, mais c’est un système extrêmement pyramidal. Pour un millier de joueurs qui essayent, il n’y en aura peut-être qu’un seul qui réussira. Donc il faut être bien sûr de soi, et surtout ne pas abandonner ses études à côté.

Rémy Chanson, président d’Armateam

En France certaines structures ont flairé le filon : lancé en 2018, le Gaming Campus à Lyon propose un cursus pour devenir e-sportif. Cette formation, qui coûte 8000 euros l’année, n’est pour l’instant pas reconnue et ne donne donc pas lieu à un diplôme.

Mais si votre enfant souhaite faire carrière dans le secteur de l’e-sport, d’autres voies peuvent s’ouvrir à lui·elle. Peut-être s’intéresse-t-il·elle surtout à ce domaine, sans forcément vouloir se lancer dans la compétition ? Il est possible de devenir coach, manager, juriste, expert·e comptable, graphiste, cadreur·euse… l’occasion d’évoluer dans le monde de l’e-sport sans y laisser de plumes.

À propos de l\'auteur·trice

Journaliste depuis quatre ans, Lise Famelart est passée chez Clubic, Le Progrès, Euronews ou encore madmoiZelle en tant que cheffe de rubrique high-tech et jeux vidéo. Le numérique reste une de ses thématiques de prédilection et à côté de son travail de journaliste, elle aime échanger à propos du jeu vidéo sur Twitch.

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